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Témoignage d'une soeur

Je suis la troisième d'une famille de cinq enfants. J'ai trois frères et seulement une soeur que j'aime beaucoup et que je materne presque, probablement à cause de notre différence d'âge. Elle a toujours été différente de moi et de mes frères, mais je ne m'en faisais pas beaucoup jusqu'à il y a environ un an. Lorsqu'une circonstance m'a fait prendre conscience de l'ampleur du problème.

J'ai réalisé que ma soeur souffrait probablement d'une maladie mentale dont je tairai le nom, la maladie n'ayant pas été diagnostiquée par des professionnels de la santé (d'autant plus qu'elle souffre de problème de la glande thyroïde, ce qui peut amener un déséquilibre physique et mental).

Si je recule à l'enfance, je peux vous dire que ma soeur fut un enfant exemplaire jusqu'à l'âge scolaire. Elle était à cette époque une petite fille ordonnée, polie, sage, débrouillarde et très intelligente (elle possède encore aujourd'hui certaines de ces qualités). Puis, cela a lentement dégénéré. À l'adolescence, problème d'anorexie. Dans la vingtaine, « up and down » de plus en plus fréquents, crises, manipulation et mensonges pour arriver à ses fins. Difficulté à garder ses emplois, ses logements, à gérer son argent. Instabilité dans ses amours et ses amitiés.
Bref, une grande instabilité dans tous les sens du mot.

Plus elle vieillit, plus elle s'enfonce dans un trou. Faillite personnelle, entourée de gens dysfonctionnels. Elle fuit la réalité, s'enfuit vers les grandes villes comme pour mieux s'étourdir. Elle possède de grands rêves presque irréalisables.

Elle se raconte des histoires et finit même par y croire. Lorsqu'on a des nouvelles d'elle, c'est toujours très négatif, des histoires incohérentes. Tout va très vite dans sa vie et dans sa tête et cela nous fait peur. Nous sommes très inquiets à son sujet.

Il y a environ un an, des circonstances exténuantes nous ont fait prendre conscience de la gravité du problème. C'est là que j'ai compris l'importance d'une famille unie. Nous avons eu une série de réunions familiales pour venir en aide à ma soeur. Le mot d'ordre: l'aider à s'en sortir car nous l'aimons tous et voulons le bonheur d'elle et de son fils (elle est mère monoparentale et cela n'est pas toujours évident).

Nous réussissons donc à la faire revenir ici près de nous pour pouvoir mieux les aider, elle et son enfant. Là, je dois avouer, même si je ne regrette rien de tout ce qu'on a pu faire comme tentative d'aide, que nous ne savions pas dans quoi nous plongions. Ma soeur accepta de mauvais gré de rencontrer deux psychiatres à raison d'une heure chacun. Lorsque l'on connaît ma soeur et la maladie mentale, on sait très bien qu'une heure passée en sa compagnie est insuffisante pour porter un diagnostic adéquat.
Suite à son diagnostic de « personne souffrant d'instabilité légère » et ma soeur ayant les lois de son côté, je peux vous dire que l'enfer commença pour nous tous. Un à un, jour après jour, elle essaie de nous monter les uns contre les autres, nous déstabilisant, nous faisant presque regretter d'avoir essayé de lui venir en aide. Nous ne pouvions plus grand'chose pour elle.

Nous n'avions plus ni force, ni énergie pour continuer le combat. C'est à ce moment qu'on a dû rendre les armes avec toute l'impuissance du monde; nous avons «lâché prise», mes parents, mes frères et moi.
Personnellement, je doit dire que je suis allée au bas fond de moi-même. J'ai vraiment touché à l'impuissance, au désespoir, à la colère, à la rage et à l'agressivité. J'ai dû me rendre à l'évidence et « lâcher prise », car je me détruisais. En théorie, c'est très facile mais en pratique, c'est tout autre chose. J'ai dû faire le deuil d'une soeur stable et équilibrée, à moins qu'un jour elle ne décide de se faire traiter. J'ai eu une grande déception face au système psychiatrique actuel et les charmants droits de la personne.

Peu à peu, j'ai repris le contrôle de ma vie. J'ai grandi énormément à travers cette épreuve. J'ai appris à connaître mes limites et à les faire respecter. Ce dont je suis le plus fier, c'est de la ténacité dont a su faire preuve ma famille dans toute cette histoire. On s'est tenu du début à la fin et on a la satisfaction d'avoir tout essayé.

J'essaie de ne pas trop m'en faire quand je pense à elle. Je l'aime toujours, je n'y peux rien, c'est ma petite soeur. Tous les soirs, je demande à mon Être suprême de bien veiller sur elle et son enfant, de les protéger car elle est retournée vivre dans une grande ville, loin de nous. Ma soeur sait qu'on l'aime tous et que si un jour elle veut aller chercher de l'aide, nous serons toujours là pour la soutenir, mais plus à n'importe quel prix, car nous avons tous une vie à vivre. Malgré toute la souffrance que j'ai vécue, je refuse de perdre espoir. Peut-être qu'un jour, la vie va lui faire prendre conscience qu'elle a un problème et qu'elle ira alors chercher de l'aide.
À tous ceux qui vivent entourés de gens atteint de maladie mentale, je veux juste vous conseiller de ne pas vous isoler, allez chercher de l'aide, ne prenez pas tout sur vos épaules en vous disant que vous y arriverez seul. Dans mon cas, l'APPAMM-ESTRIE fut d'un très grand secours. J'étais désemparée. On m'a ouvert la porte, on m'a accueillie, soutenue, écoutée, aidée à comprendre la maladie mentale et la personne malade. J'ai vu des gens qui s'en sont sortis, des gens d'une grande sérénité. Et à mon avis, c'est très important lorsqu'on est dans un tunnel et qu'on ne voit plus la lumière.

Bon courage à tous ceux qui traversent ce genre d'épreuve.
Lâchez prise, mais ne perdez pas espoir.

Signé:
L.

L'APPAMM-ESTRIE salue l'appui financier de
Fondation Bon Départ De Canadian Tire Du Québec