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Témoignage d'un conjoint

La maladie mentale n’est pas venue impacter ma vie par un événement marqué ou défini. Inconnue, indéfinie et reniée, la maladie était sournoisement tapie en périphérie de ma prétention de contrôler mon quotidien, ma vie et mon couple.

 

Au début, il était notoire que ma compagne avait un trait de personnalité très développé; elle était jalouse et possessive. Surviennent alors les inévitables affrontements, mais je comprends : « Tous les couples passent par là ». J’en viens même à accepter le machiavélique théorème qui prétend que la jalousie est une preuve d’amour.
Les années passent et le trait de personnalité se mue en trouble de la personnalité. Fort de ma propension très marquée à éviter à tout prix les affrontements stériles que sont les chicanes de couple, il faut modifier notre mode de vie pour s’accommoder de la jalousie envahissante. Et cela me convient; je suis d’un naturel solitaire et mon emploi me fournit suffisamment de contacts sociaux pour accepter la réclusion que nous bâtissons autour de notre couple.

 

Les contacts avec la famille disparaissent, de toute façon : « à toutes les fois qu’on les voit, c’est l’engueulade des jours durant ». Les amis se font de plus en plus rares et souvent lors des rencontres occasionnelles, on sent un malaise s’installer à un moment ou l’autre, car c’est devenu de notoriété que ma conjointe a la mèche courte !

Puis un jour; un deuil difficile, une dépression non soignée à une époque charnière (ménopause), et ma conjointe est atteinte de maladie mentale. En premier lieu, je vis un déni intraitable et radical. Je m’enfonce dans une relation fusionnelle dysfonctionnelle. Étant certain d’avoir ma part de tort, je me désintègre comme individu. Je tolère l’intolérable; la violence verbale, la violence physique et même la cruauté mentale.

 

Ma vie est désormais sous le signe de la peur; peur de se retrouver en public, peur de regarder une femme, peur qu’elle interprète encore des événements passés sous le nouvel éclairage de son obsessive jalousie. La glissade dans l’incohérence a beau prendre une allure vertigineuse, je me retranche toujours dans le déni.
Je m’’explique’’ les interventions policières, les internements en santé mentale et la maltraitance que je subis, parce qu’au plus profond de moi, je sens qu’elle souffre plus que moi. Qui plus est, dans les accalmies, elle est quelqu’un de réellement merveilleux. Complètement isolé, suicidaire et dépressif, en bout de route je m’adresse aux services publics.

 

Mon expérience avec le CLSC fut désastreuse. Lors des trois rencontres que je sollicite, trois intervenantes différentes (réorganisation de services oblige) reprennent mon dossier à la case départ. Puis, lors d’un appel désespéré que je loge pendant un épisode violent, on refuse d’intervenir à cause justement de la violence. Mais je me heurte surtout à ce discours : « Monsieur tant que vous ne sortez pas de là, il n’y a aucune possibilité d’aide de notre part». Je ne suis pas d’accord et je suis incapable d’accepter ce qui m’apparait comme des règles de fonctionnaire imbu de facilité. Je ne cesse de répéter: « Elle prend ses médicaments, elle est seule au monde, je lui ai juré de ne jamais la laisser tomber ».
Seule consolation : c’est au CLSC qu’on m’a parlé pour la première fois de l’APPAMM. À mon premier contact, j’avais une attitude fermée basée sur le sentiment que ce n’était pas pour moi puisque ma conjointe n’avait jamais été officiellement diagnostiquée atteinte de maladie mentale.

 

En plus, je croyais ma conjointe qui me jurait que le spécialiste qui assurait son suivi depuis ses internements lui affirmait qu’elle allait guérir complètement. J’étais perdu, sans diagnostic précis (loi de protection des renseignements oblige). Je me rattachais à ce qu’elle m’affirmait : « C’est juste une grosse dépression »!

 

Mais dans les faits; nouvelle intervention policière, nouvel internement où elle refuse encore d’être hospitalisée, nouveau passage devant la justice pour obtenir le droit de poursuivre ses soins hospitaliers. Et là, un soir en lisant l’affidavit de la contestation de garde en établissement, je réalise pour la première fois que je suis un proche d’une personne atteinte de maladie mentale. Lourd diagnostic : trouble délirant de type jalousie et trouble de personnalité limite sévère.

 

Il me faudra encore : beaucoup de maltraitance, trouver une lettre d’intention de suicide et une opération policière d’envergure pour finalement concevoir que nous avons développé une relation dysfonctionnelle à ce point irréversible, que seule une séparation définitive peut nous permettre d’en survivre. Le 1er anniversaire de cette séparation sera dans quelques jours. Dire que ce fut une année difficile serait un euphémisme éhonté, mais je suis là. Ma vie commence à m’appartenir un peu plus, parce que j’ai su utiliser les ressources autour de moi :

• Une famille qui m’a ré ouvert les bras sans aucune amertume

• L’ APPAMM-Estrie qui m’a offert gracieusement un suivi individuel, des groupes d’entraide et des conférences pertinentes.

• Mais surtout le temps ! Le temps de faire la paix avec mes souffrances. Le temps de me redécouvrir capable de décision. Le temps d’accepter que rien ne sera plus jamais comme avant, parce que ce qui ne nous tue pas, nous fait grandir.

Finalement, je pourrais cultiver des regrets parce que je n’ai à offrir à l’APPAMM qu’une gratitude sans borne qui n’a d’exutoire que le petit mot MERCI. Quand même, je prends la plume pour écrire : « merci du fond du cœur à l’APPAMM-Estrie ». Croyez à ma sincérité, car je sais maintenant que je ne peux me payer le luxe des regrets si je veux aller de l’avant.

 

Signé,

Y.

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