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Témoignage de parents

Une autre histoire ? Non, la nôtre!

Écrire demande beaucoup de retour sur soi-même. Revivre intérieurement des émotions intenses, difficiles, pénibles alors qu’on a souvent envie de les balayer sous le tapis… Mais tôt ou tard, il faut lever le tapis sinon il devient tellement surélevé de toute la poussière qu’on y a cachée qu’il devient accrochant, voire dangereux.

Alors, oui, d’accord, nous nous lançons et vous racontons.

Notre beau grand garçon de 17 ans aux yeux bleus magnifiques, fils unique, change. Auparavant populaire auprès de ses amis, il ne veut plus sortir. Énergique et sportif aux multiples trophées, il ne bouge plus et reste des heures dans le vague. Lorsque nous discutons avec lui, il nous dit « Non, non je suis juste fatigué, je vais me reposer et ça va aller mieux. »

Donc, médecin, tests : un problème de thyroïde. Ça y est ! Nous avons trouvé. Pas de problème mon grand, tu prends ta petite Synthroid et le problème est réglé. Ouf!

L’énergie physique revient un peu, lentement, mais les heures dans le vague demeurent et ses beaux yeux bleus ne semblent pas en paix. On recommence, médecin, tests : rien de nouveau. Il part donc aux études à l’extérieur. Et là, tout bascule; nous recevons un appel de l’hôpital nous disant que notre fils est hospitalisé en psychiatrie. En psychiatrie, vous avez dit? Vite en auto, nous arrivons à l’hôpital sans le moindre souvenir des trois heures de voyage.

Nous n’y croyons pas, c’est un mauvais moment à passer, c’est l’adolescence, trop de stress… Nous demandons de pouvoir le ramener en Estrie, ce qui nous est accordé. Il passera alors plus d’un mois hospitalisé et aura un diagnostic de schizophrénie.

Pendant les premiers jours d’hospitalisation de notre fils, mon conjoint et moi sommes des zombies; nous n’avons plus de repères, nous percevons des sons mais sommes incapables de vraiment les entendre, nous voyons des objets mais tout demeure flou. Une journée de vide total, nous nous rendons sur la rue Dufferin et entrons dans le vieil édifice où logeait alors l’APPAMME. Nous montons lentement les marches, qui craquent, et nous retrouvons dans un corridor avec plusieurs portes. De l’une d’elles, André Forest nous a aperçus… Il vient vers nous, nous dit Bonjour, nous donne la main et nous offre de nous asseoir. Nous pouvons parler à quelqu’un!!! Quelqu’un nous écoute et comprend!!! Cela ne guérit pas notre fils bien sûr, mais nous fait entrevoir une lumière dans notre tunnel, nos cages thoraciques s’ouvrent et nous pouvons enfin y faire entrer de l’air!

En plus de nombreuses conversations avec Patrick, un intervenant alors à l’APPAMME, nous participons à plusieurs réunions de groupe d’entraide. Pendant ce temps, l’état de notre fils s’améliore et nous consacrons toute notre énergie à l’aider à se rebâtir, de sorte qu’après un certain temps, on se dit : Ouf!

On est passé au travers! C’est réglé ! La Pensée Magique … Quelques mois après, notre fils cesse sa médication, lui aussi imprégné de La Pensée Magique : j’ai été malade, je me suis soigné, maintenant ça va bien, je peux arrêter le traitement, je ne veux plus de ce diagnostic…

Nous vivrons alors une véritable descente aux enfers : hospitalisation, contentions, difficultés à trouver la bonne médication, effets secondaires et, aussi, autant pour lui que pour nous, la mort de La Pensée Magique… Nous fallait-il vivre cela pour réaliser que la maladie est là, qu’elle restera ? Dans notre cas, peut-être que oui. Nous n’avons jamais aimé le terme « accepter la maladie», nous dirons plutôt que nous commencerons alors véritablement à voir la réalité et à l’intégrer dans notre vie.
Nous vivons présentement une période harmonieuse, mais demeurons conscients de la fragilité, celle de notre fils et la nôtre. Nous avons beaucoup cheminé pendant ces années et devons poursuivre dans cette voie.

Nous assistons fréquemment à des conférences organisées par l’APPAMME ; parfois il suffit d’une phrase pour nous recentrer, car, il faut bien l’avouer, nous aurons toujours besoin d’aide en tant que parents, en tant qu’individus et en tant que couple.

Nous avons eu l’immense bonheur de participer à un congrès de la FFAPAMM. C’est un peu comme un enfant qui se retrouve dans un magasin de jouets, on veut tout voir : tous les ateliers sont intéressants, tous les intervenants sont hautement qualifiés et tous les participants vivent des émotions intenses par rapport à un problème de santé mentale d’un proche. Nous en parlons sans réserve, nous comprenons les autres et nous nous sentons solidaires. Ne pas rester seuls, voilà la clef…

Signé,

Un papa et une maman qui ne voient pas toujours les choses de la même façon mais travaillent fort pour arriver à un résultat harmonieux…